Qu'est-ce que le Nei Gong ?
Littéralement, Nei Gong signifie travail (Gong 功) interne (Nei 內). Ce travail regroupe plusieurs exercices assis ou debout : postures statiques, séquences de mouvements, méditation.
Les séances commencent par un travail préparatoire (Ji Ben Gong 基本功) visant à préparer le corps. Cette préparation comprend notamment des étirements doux (Yi Jin Jing 易筋經 et Dao Yin 導引) ainsi qu’un travail sur le relâchement des tensions (Song 鬆).
Puis nous entrons dans le Nei Gong, à proprement parler. Ce travail nous aidera à mieux « cartographier » notre corps, à en prendre une conscience à la fois plus précise et plus globale. En orientant notre attention (Yi 意) sur des points spécifiques, nous irons relier entre–elles certaines zones corporelles imperceptibles et en prendre peu à peu conscience.
– l‘intéroception, ou capacité à ressentir nos états internes, en interrogeant les capteurs intéroceptifs présents principalement dans les viscères (Zang Fu 臟腑) et la peau.
Ajoutons une remarque concernant l’extéroception, perception des stimuli provenant de notre environnement extérieur par l’intermédiaire de nos cinq sens. Disons simplement que, juste le temps de la séance, ceux-ci ne nous intéresseront pas du tout.
Pour qualifier les cinq sens, les taoïstes parlent de « sceller les cinq portes », « chasser les six voleurs », ou préconisent, à l’image du Zhuang Zi, de ne pas percer les « sept orifices »…
Afin de percevoir les mouvements internes et réguler leurs éventuels déséquilibres, nous allons distinguer clairement :
– 5 mouvements (Wu Xing 五行) : montée, descente, expansion, contraction, équilibre.
– plusieurs sensations : tremblement, pression, vibration, pulsation, électro-magnétisme, chaleur, froideur, légèreté, lourdeur, dureté, douceur… On parle traditionnellement de 8 touchers (Ba Chu 八触 ), mais nous voyons déjà qu’il en existe beaucoup plus. Certaines sensations vont nous intéresser, d’autres, beaucoup moins. Certaines seront agréables, d’autres moins. Mais en fin de compte, la méditation nous permettra de les oublier.
Ces multiples qualités, nous pourrons les qualifier de « manifestations du Qi (氣) ».
Mais qu’entendons-nous par « Qi » ? Un petit détour vers la définition du dictionnaire Ricci nous permettra de souligner la polysémie propre à ce terme : vapeur, gaz, fluide, exhalaison, odeur, haleine, respiration, souffle, air, atmosphère, climat, saisons, destinée, fortune, signe, substance universelle, énergie, vie, tempérament, comportement, vigueur, force d’âme, esprit, humeur, attitude, colère …
Et comme il n’est pas raisonnable d’agir sur toutes ces manifestations, nous retiendrons en premier lieu celle de souffle. Souffle en tant que respiration, bruit de fond, mouvement.
Une fois identifié ce souffle interne, nous pourrons le mobiliser et le faire circuler, et chemin faisant, poser des mots sur ces paysages intérieurs.
Nous trouverons également dans notre école un travail interne spécifique au Taiji Quan, que nous subdivisons traditionnellement en différents « niveaux » (Yin/Yang, Spirales de bras, Centre, Spirales de jambes, Axe et ce fameux Souffle).
Le Nei Gong en tant que pratique autonome nous amènera à fabriquer et entretenir le moteur commun aux arts dits « énergétiques » tels que le Taiji Quan, le Qi Gong et le Yoga (bien que les principes spirituels sous-jacents à cette pratique soient différents). Ce moteur, ou cette batterie interne, ira ensuite « nourrir » (yǎng 養) le « Qi« , dans une exploration centrifuge, du centre vers la périphérie, de l’abdomen vers les membres (le Qi Gong part en général du postulat inverse).

